Au départ de Vienne (juillet 1831), le passeport de Chopin pour Londres porte la mention « passant par Paris ». Il y restera dix-sept ans. C'est le plus fabuleux transit de l'histoire musicale.
« Le plus beau des mondes », a-t-il dit à son arrivée, saluant l'atmosphère de jeunesse, de compétition et de vitalité de cette capitale du cosmopolitisme pianistique. Il gardera toujours cette image, la meilleure peut-être que lui aura donnée la vie, et cela jusqu'aux dernières semaines devant le panorama aperçu de la colline de Chaillot. Mais il a d'autres racines. Sa terre. Son pays dont il est l'âme. Ses dieux : Bach, Mozart, Paganini. Au cœur du romantisme il fait entendre une voix inconnue. Chez lui, le génie a devancé de loin la maturité. On le fête, on l'adore. On passe à côté de l'essentiel. Ce qui semble l'expression du moment porte en germe tout un avenir. Seule l'œuvre globale le révélera après lui. On s'en tient encore à l'émerveillement, au plaisir, à tout ce qui peut rassembler les savants et les sensibles. Comme tous les artistes trop aimés Chopin est une énigme qui ne trouvera sa solution que dans la réalité intégrale de l'œuvre. Comment le prodigieux engouement qu'elle a pu susciter, suscite toujours, pourrait-il devancer une révélation plus attentive?
Sommes-nous au terme de la découverte d'un des musiciens les plus hantés par une approche méthodique de la perfection? Cette découverte est inépuisable chez Chopin comme elle l'est chez tous ceux qui ont su donner une impulsion nouvelle au langage, à la prosodie, aux formes traditionnelles. Disons, comme chez les poètes, ses contemporains définitifs.
Son époque versait parfois dans le pathos, la déclamation, l'hypertrophie du moi. Chopin a eu le génie de la concision, du fugitif, de l'inexprimé. La brièveté est chez lui le gage de l'accomplissement. Quelques notes lui suffisent pour creuser un espace sonore, pour indiquer une phrase qui restera en nous fixée, la ligne rhapsodique qui nous entraîne aussitôt dans un monde que seule la poésie aura exploré avant lui. Il faut avoir une vue complète de l'œuvre pour mesurer cette économie, cette diversité d'accents, cette maîtrise, l'invention et la souplesse de cette écriture. Ce qui nous la fait reconnaître entre toutes. Chopin n'a pas construit de cathédrales, mais il a ouvert d'autres perspectives, d'autres accès à ce paysage intérieur. Personne n'aura eu plus grande intelligence de cette musique qu'Olivier Messiaen en disant : « Chez Chopin la note a une couleur. »


Camille Bourniquel

Calendrier du XVIe Festival


À Radio France, salle Olivier Messiaen
En coproduction avec Radio France

Dimanche 14 mars - 17 h 30
Urszula Kryger, Gary Hoffman, Nelson Goerner, Charles Spencer
Mélodies, Sonate pour violoncelle et piano…

Jeudi 6 mai - 20 h
Jean-Marc Luisada et Vanessa Wagner
Orchestre national de France dirigé par Jean-Bernard Pommier
1er Concerto, Variations sur « Là ci darem la mano »…

Samedi 8 mai - 18 h 30
Jean-Marc Luisada et Vanessa Wagner
Orchestre national de France dirigé par Jean-Bernard Pommier
Fantaisie sur des airs polonais, et Krakowiak…

Samedi 8 mai - 20 h
Jean-Bernard Pommier, piano et direction
2e Concerto, Andante spianato et Polonaise brillante…



À l'Orangerie de Bagatelle

Samedi 19 juin - 20 h 30
Concert d'ouverture
Byron Janis
Programme spécial

Jeudi 24 juin - 20 h 30
Pierre-Laurent Aimard et Valérie Aimard
1re Ballade, Barcarolle, Grand Duo concertant…

Samedi 26 juin - 16 h 30
Yves Henry
Polonaises op. 26, Mazurkas op. 33 et 50, Valse op. 42...

Dimanche 27 juin - 16 h 30
Halina Czerny-Stefanska
Andante spianato et Grande Polonaise, Mazurkas op. 24…

Mardi 29 juin - 20 h 30
Abdel Rahman El Bacha
1re Sonate, 2e Ballade, Études op. 25…

Jeudi 1er juillet - 20 h 30
Jean-Marc Luisada
2e Scherzo, 3e Ballade, Mazurkas op. 6, 7 et 30

Samedi 3 juillet - 16 h 30
Marc Laforet
Nocturnes op. 27, Polonaise héroïque, Valses op. 34…

Dimanche 4 juillet - 16 h 30
Urszula Kryger et Tomasz Herbut
Mélodies…

Mardi 6 juillet - 20 h 30
Dominique Merlet
3e Scherzo, Fantaisie, 4e Ballade…

Jeudi 8 juillet - 20 h 30
Jean-Claude Pennetier
Récital à la mémoire de Daniel Magne
24 Préludes, Sonate funèbre, Nocturnes op. 15…

Samedi 10 juillet - 16 h 30
Philippe Giusiano
Études op. 10, 1er et 3e Impromptus…

Dimanche 11 juillet - 16 h 30
Cédric Tiberghien
1er Scherzo, Polonaise-Fantaisie, 2e Impromptu…

Mardi 13 juillet - 20 h 30
Jean-Bernard Pommier
4e Scherzo, Polonaises op. 40, 3e Sonate…

Mercredi 14 juillet - 16 h 30
Concert de clôture
Bernard Ringeissen, Jean Mouillère, Emmanuel Gaugué
Trio op. 8, Nocturnes op. 55...


« Piano à portes ouvertes »

Dimanche 20 juin - 14 h à 19 h
Dorothée Bocquet, Sodi Braide, Mathilde Carré,
Elina Hata, Kaori Kawashima,
Julien Le Pape, Ezequiel Spucches.