2011, année Liszt ! et l’occasion de tirer au piano, partout dans le monde, un inépuisable feu d’artifice… Justement, est-il artificiel de réunir Chopin et Liszt, ces faux frères, que l’âge ne sépare que de dix-huit mois et quelque, mais si dissemblants dans la vie et l’œuvre ? Tout les oppose. D’un côté l’infatigable pèlerin, qui parcourt l’Europe entière, entre autres la Suisse et l’Italie, notant une source, un arbre, un paysage ; l’insatiable lecteur qui cite et commente Lamartine, Senancour ou Dante ; l’amateur d’art que Raphaël ou Michel-Ange inspire. De l’autre, et en dépit des voyages de jeunesse, de l’épisode majorquin ou du funeste séjour anglais, un vrai sédentaire, heureux de se borner à Paris et Nohant ; un musicien si jaloux de son art que tout emprunt aux lettres, aux arts, voire à la nature, l’effarouche.
Allons plus loin. D’un côté un rhapsode, capable à la lettre (rhaptein, en grec, c’est « coudre ») d’assembler dans un audacieux patchwork les idées les plus antinomiques ; un prodigue qui ne craint ni le faste ni la surenchère ; un « romantique » affirmé, qui prend son siècle dans la poigne et la poitrine, en accepte le désordre et l’échevèlement. De l’autre un pur « classique », avare de ses notes, pudique et mesuré jusque dans ses moments de révolte ou de passion, mais insufflant dans ce peu de pages une âme immense. Enfin Liszt attaché longtemps à la scène, aux feux de la rampe, aux clameurs de la foule à qui il jette son or à pleines mains ; Chopin craignant l’estrade et le public, et préférant de loin la connivence, autour de son clavier et dans la pénombre secourable, de quelques amis choisis…
Et pourtant, tout bien pesé, et au-delà de ces différences, l’histoire les retient accolés, bien plus qu’affrontés. Ensemble, et
parfois dans l’échange, ils ont forgé un langage appelé à révolutionner l’écriture musicale ; virtuoses éminemment parisiens, sous leur enveloppe polonaise ou hongroise, ils ont exalté et presque déifié l’instrument, ce piano dont ils demeurent l’étoile double, scintillante et inspirante à jamais.
Notre 28e Festival – qui marque aussi, de ces deux pierres blanches, le centenaire de la Société Chopin à Paris, fondée en 1911 – fait la part belle à l’un et l’autre compositeur. De Liszt plus précisément, et parmi de nombreuses pages connues ou méconnues, on pourra entendre au fil des concerts l’intégrale des Années de pèlerinage. La traditionnelle Journée des jeunes pianistes, « à portes ouvertes », joindra leurs noms ; et deux conférences, un atelier d’enfants, ainsi qu’un film viendront compléter ce portrait jumelé.
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