1810 : comment ne pas célébrer lors de ce 27e festival le bicentenaire de deux génies du piano romantique ?
Quand, en décembre 1831, Schumann saluait les Variations op. 2de Chopin d’une formule enthousiaste
« Chapeau bas, Messieurs, un génie ! », il saluait l’originalité d’une série de variations mais, plus encore, pressentait l’œuvre à venir d’un compositeur qui avait encore beaucoup à dire. Schumann ne cessera d’observer Chopin, avec lucidité, et le sens de la formule quand, à propos des Mazurkas, il affirme : « Les œuvres de Chopin sont des canons enfouis sous les fleurs. » C’est encore Schumann qui comparait le Deuxième Scherzoà une poésie de Byron ou qui voyait dans les ballades épiques d’Adam Mickiewicz la source des Ballades. Tout cela, ajoutait trop de littérature pour le secret Chopin épris avant tout et seulement de musique. André Gide avait raison : « Schumann est un poète. Chopin est un artiste, ce qui est tout différent. »
Les compositeurs ne se rencontrèrent qu’à deux reprises, en octobre 1835 et en septembre 1836. Ils échangeront des dédicaces : les Kreislerianavont « à son ami Chopin » – dont on doutera toujours qu’il n’ait jamais pris la peine de les lire – la Deuxième Balladeva à Schumann qui, dans son Carnaval de 1835, déjà, avait dressé un touchant portrait du Polonais. Mais l’enthousiasme de Schumann n’est pas payé de retour ; Chopin ne le faisait même pas travailler à ses élèves. Du reste, la musique de piano de Schumann ne jouissait déjà pas de son temps des mêmes faveurs que celle du compositeur des Valses, des Mazurkas ou des Ballades éditées partout en Europe. Il allait la clairvoyance de Liszt qui confiait à Schumann : « Pour parler franc, il n’y a que les compositions de Chopin et les vôtres qui soient d’un puissant intérêt pour moi. »
Cette 27e édition s’ouvre à l’UNESCO avec un concert symphonique célébrant le bicentenaire de la naissance de Chopin et se poursuivra à l’Orangerie du Parc de Bagatelle où chaque récital et la traditionnelle journée « Piano à portes ouvertes » donneront à écouter les deux compositeurs entourés de ceux qu’ils ont aimés (Bach, Mozart…) ou de ceux, qu’à leur tour, ils ont marqués de leur empreinte (Scriabine, Rachmaninov…). Conférence, film, atelier pour enfants, viendront enrichir notre connaissance d’un « artiste » et d’un « poète » qui, depuis deux siècles, n’ont cessé d’émouvoir. |