Douze concerts (et vingt-quatre tons majeurs et mineurs !) pour évoquer les rapports, si subtils chez Chopin, Liszt... ou Debussy, entre la tonalité d'un morceau et l'esthétique qu'il développe, voire les sensations, les images mentales qu'il éveille.

Le concert inaugural (23 juin) regroupait, en sol, Akiko EBI, Régis PASQUIER et Roland PIDOUX. La pianiste a joué, en soliste, les Préludes 3 et 22 (à chaque pianiste de ce Festival incombaient les deux Préludes du ton choisi), la 1re Ballade et les Nocturnes op. 37 de Chopin ; puis, associée au violoncelliste, la Sonate op. 65, chant du cygne du compositeur. Le violoniste a donné le 6e Caprice de Paganini ; enfin les trois instrumentistes se sont réunis pour le 3e Trio de Schumann, et pour la création d'un Trio de Nicolas Bacri, commande de la Société Chopin.

Fa dièse (ou sol bémol) a attiré Noël LEE (24 juin). C'est le ton des 2e et 3e Impromptus de Chopin, de son 5e Nocturne, de sa Barcarolle, sans oublier les Préludes 8 et 13. En fa dièse, tour à tour majeur et mineur, est écrite la Sonate op. 78 de Beethoven («  à Thérèse »), une Sonate inachevée de Schubert (complétée par le pianiste), le Capriccio qui ouvre l'opus 76 de Brahms ; et trois pages de Debussy : Ce qu'a vu le vent d'Ouest, La Fille aux cheveux de lin et Poissons d'or.

Abdel Rahman EL BACHA, remplaçant au pied levé Anne Queffélec dans un programme en mi (29 juin), a retenu Le Tombeau de Couperin de Ravel, dont quatre pièces sur six sont en mi mineur ; la Sonate op. 90 de Beethoven ; la Vallée d'Obermann de Liszt ; et, avec les Préludes 4 et 9, ces pièces qui célèbrent les deux faces du ton chez Chopin : en mineur son tout premier Nocturne (op. 72 n° 1), en majeur son dernier Scherzo (op. 54).

En ré, ton si peu romantique, Claire DÉSERT (1er juillet) n'aurait presque rien glané chez Chopin si les Préludes, qui veulent épuiser les vingt-quatre tons, ne lui avaient fourni au moins deux pièces (Préludes 5 et 24). De Schumann, qui boude moins ce ton, elle a joué quatre Novellettes, et de Liszt le méconnu Scherzo et Marche. Une Sonate de Haydn (Hob. XVI/37) et deux Préludes de Debussy (Des pas sur la neige et Canope) complétaient son programme.

Marc-André HAMELIN (2 juillet), après une Sonate peu jouée de Haydn (Hob. XVI/50), les Préludes 1 et 20 et le Nocturne en ut mineur (op. 48 n° 1) de Chopin, a retenu la Fantaisie de Schumann : le ton d'ut est loin d'être « blanc » chez les romantiques, ou alors, c'est de ce blanc qui est l'éclatante addition de toutes les couleurs...

Do dièse/ré bémol pour Pascal DEVOYON (4 juillet) : l'antithèse modale est résumée dans les Nocturnes op. 27 de Chopin ; le pianiste la poursuit en opposant la Sonate au clair de lune de Beethoven au Clair de lune de Debussy, ou le 3e Scherzo de Chopin au 6e Nocturne de Fauré. Et comme le ton se prête à merveille à la « liquidité » pianistique, voici les Reflets dans l'eau de Debussy, l'Ondine de Ravel, voire ce 15e Prélude de Chopin où certains veulent entendre la fameuse « goutte d'eau ». Plus réfractaires aux images, un Prélude et Fugue de Bach et le Thème et Variations de Fauré.

À France CLIDAT (6 juillet), toutes les variétés de fa, dans un concert alliant Liszt à Chopin. Du premier, les courses de La Leggierezza et le pastel de Paysage, mais aussi les sursauts de l'Apassionata (10e Étude transcendante) et le pathos des Funérailles. Pour le second, une promenade dans la plupart de ses genres favoris : deux Nocturnes, deux Valses, trois Études, deux Mazurkas, la 4e Ballade, et bien sûr les deux Préludes de la tonalité (18 et 23).

En mi bémol, Marie-Josèphe JUDE (8 juillet) avait un choix abondant. Chopin lui a offert, outre les Préludes 14 et 19, le mode majeur des Nocturnes op. 9 n° 2 et op. 55 n° 2 et le mode mineur de l'Étude op. 10 n° 6 et de la Polonaise op. 26 n° 2. Puis venaient Ravel, avec Le Gibet et Oiseaux tristes ; Schubert, avec l'Impromptu op. 90 n° 2 ; et Brahms, avec un choix d'Intermezzi.

Danielle LAVAL (9 juillet) était en si : le 24e Prélude du Clavier bien tempéré de Bach (livre I) préparant le Prélude et Fugue op. 35 n° 3 de Mendelssohn, puis l'Adagio K. 540 de Mozart, avant de donner, de Chopin, les Préludes 6 et 11, le Nocturne op. 62 n° 1 et la 3e Sonate.

La bémol/sol dièse est le ton le plus répandu chez Chopin : celui, après les Préludes 12 et 17, de la 3e Ballade, de la Polonaise héroïque et de la Polonaise-Fantaisie, de la Tarentelle, défendues par Roger MURARO (11 juillet). Du mineur au majeur c'est celui, chez Liszt, de l'Andante lagrimoso (des Harmonies poétiques et religieuses) et de Au bord d'une source (des Années de pèlerinage) ; chez Scriabine, de la 2e Sonate ; chez Debussy, de l'Hommage à Rameau et de l'Étude pour les arpèges composés.

En si bémol majeur, Mikhaïl RUDY (12 juillet) a choisi la Sonate K. 333 de Mozart et les Variations sur un thème de Haendel de Brahms ; et en si bémol mineur, l'Étude op. 8 n° 11 de Scriabine et la 2e Sonate de Chopin, dont il a également joué les Préludes 16 et 21.

Clôture en la, avec Josep COLOM (14 juillet) : contraste, chez Mozart, entre la claire et riante Sonate K. 331 et le pathétique Rondo K. 511 ; chez Chopin entre la Valse op. 34 n° 2 et la Mazurka op. 17 n° 4, ou tout simplement entre les Préludes 2 et 7. Ce dernier sert de thème à des Variations de Mompou, que le pianiste a fait suivre de L'Isle joyeuse de Debussy.